La roulotte ruche · LES MILIEUX HUMIDES

Redonner une place à l’eau.

Au départ, deux mares à créer. Puis un paysage qui s’ouvre, une troisième qui trouve sa place… et une carte ancienne qui nous réserve une belle surprise.

D’abord, lire le terrain.

Dans le bas du terrain, près de la Briolerie, les joncs et la reine-des-prés donnaient déjà des indices : l’eau n’était pas loin. Nous voulions offrir des lieux de reproduction aux amphibiens et davantage de place à la vie aquatique.

Le projet commence avec deux mares, accompagnées par le Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse et Natagora. Avec Tom Baudoux, nous choisissons leurs emplacements en observant la végétation et en analysant le terrain. Il faut aussi penser au passage de la pelleteuse et au devenir des terres. Le permis est accordé en mars 2024.

Avec Guy et Martin Huaux (Terra Joma), pour préparer les mares et la restauration du ruisseau.

Et si nous en faisions une troisième ?

Après l’abattage des épicéas, nous redécouvrons le fond de vallée. L’espace est ouvert, les possibilités se lisent autrement. En mars 2025, nous revenons sur place pour préciser l’implantation des deux premières mares.

C’est en voyant ce nouvel espace que l’idée d’une troisième s’impose : cela vaudrait vraiment la peine de prolonger l’aménagement. Nous décidons de la prendre en charge nous-mêmes. Le projet évolue avec ce que le terrain nous montre.

Vue aérienne des mares et de la lisière en automne

Le chantier prend forme.

Les deux premières mares sont creusées en juillet 2025. Les terres retirées restent sur le site. La troisième, plus grande, vient compléter l’ensemble à l’automne, après avoir encore dégagé des rondins et d’anciens barbelés.

L’eau réagit vite : pendant le creusement de la petite mare, alors que la période est très sèche, elle apparaît vers 1,20 m de profondeur. Dès les premières accumulations d’eau, nous observons aussi des libellules en train de pondre. Il reste maintenant à regarder comment le lieu évolue.

La surprise était sur une carte de 1777.

Les trois mares sont déjà creusées lorsque Jean-François Huaux nous envoie un extrait de la carte de Ferraris, consultable sur WalOnMap. Et là, surprise : nous y reconnaissons trois bassins aux mêmes emplacements que nos mares, près de 250 ans plus tôt.

Nous n’avions pas regardé les cartes anciennes avant les travaux. Nous avions creusé là où le terrain nous semblait le plus propice. Découvrir ensuite cette ancienne configuration donne une autre profondeur au projet : nous retrouvons une organisation de l’eau qui avait déjà été utilisée ici.

Pour nous, cette découverte renforce le sens de la restauration. Le paysage a changé, il a été drainé et cultivé, mais le relief et l’eau nous avaient laissé des indices. Nous les avions suivis sans connaître cette histoire.

Le creusement n’était que le début.

Depuis, nous revenons avec l’appareil photo, nous observons les berges et nous partageons les découvertes lors des activités de La roulotte ruche. Chaque saison apporte des questions : qui arrive, où l’eau reste-t-elle, comment la végétation prend-elle sa place ?

Les rencontres et les images ci-dessous constituent notre carnet de suivi. Elles nous aident à apprendre du lieu et à choisir la suite, avec le temps nécessaire pour voir ce qui s’installe.

Une mare en lumière du matin, le 11 août 2026.

DE L’EAU AUX BERGES

Comprendre une mare.

Quelques repères pour lire ses formes et son fonctionnement.

Pourquoi garder des zones peu profondes ?

Les zones peu profondes se réchauffent plus rapidement et peuvent favoriser le développement des têtards. Des profondeurs variées permettent aussi à différentes plantes aquatiques de trouver des conditions adaptées.

Approfondir : Pourquoi garder des zones peu profondes ?

Les berges en pente douce offrent une transition progressive entre l’eau et la terre. Elles facilitent les déplacements des amphibiens et la sortie d’animaux tombés dans la mare. La conception doit donc laisser une place aux faibles profondeurs et aux accès depuis la rive.

Natagora · Créer des mares ↗

Comment retiennent-elles l’eau ?

Pour les trois mares, nous avons utilisé uniquement le sol en place.

Approfondir : Comment retiennent-elles l’eau ?

L’étanchéité dépend de la nature du terrain. Notre choix correspond à ce site ; il ne suffit pas de reproduire la forme d’une mare pour obtenir le même fonctionnement ailleurs.

Natagora · Créer des mares ↗

Comment l’eau circule entre les trois mares

Lorsque les niveaux montent, des passages permettent à l’excédent d’eau de circuler vers l’aval.

Approfondir : Comment l’eau circule entre les trois mares

Une fois cette mare remplie, nous avons creusé une tranchée vers la mare moyenne, puis nous l’avons remplie avec des cailloux présents sur le site. Ce passage fait office de trop-plein : l’excédent d’eau peut circuler à travers les cailloux et rejoindre la moyenne.

Entre la mare moyenne et la grande, nous avons conservé une partie d’un ancien drain déjà présent dans le terrain. Le creusement a sectionné ce drain au niveau des deux mares. Le tronçon resté en place relie la sortie de la moyenne à l’arrivée dans la grande et sert lui aussi de trop-plein.

La grande mare possède enfin un petit débordement qui permet à l’excédent d’eau de rejoindre le ruisseau.

Pourquoi les abords comptent-ils autant ?

De nombreux amphibiens partagent leur vie entre l’eau et la terre.

Approfondir : Pourquoi les abords comptent-ils autant ?

Leurs larves se développent dans l’eau, tandis que les milieux terrestres voisins servent notamment à se nourrir et à s’abriter. Une mare s’inscrit dans un ensemble de refuges : végétation des rives, prairie, haies et lisières.

Natagora · Créer des mares ↗

FAUNE ET FLORE

Qui vit dans l’eau ?
Et juste à côté ?

Six rencontres de notre sortie naturaliste et deux plantes des berges à découvrir. Chaque fiche distingue ce qui a été observé ici des repères pour regarder autour de soi.

8 fiches · photos de référence, crédits dans chaque fiche.

LE CARNET PHOTOGRAPHIQUE

Revenir. Voir ce qui change.

Une ponte en février, la végétation de mai, les berges découvertes en août : le même projet se regarde à plusieurs saisons.

Février · les pontes

Le 23 février, un amas d’œufs apparaît parmi les herbes. À la nuit tombée, un amphibien se laisse photographier. Deux détails à regarder avant même le réveil du printemps.

23 février 2026 · amas d’œufs parmi les herbes du bord.
23 février 2026 · amphibien observé de nuit, espèce non déterminée ici.

Photographies prises à des dates et sous des angles différents. Les espèces non déterminées sont signalées dans les légendes.

Regarder de plus près

LES CLÉS POUR SE LANCER

Préparer un projet de mare chez soi

Notre expérience donne des points de départ. À vous de les adapter à votre terrain, à vos moyens et aux conseils recueillis sur place.

Un premier pas, puis le suivant.

Gardez les questions et les démarches utiles dans une fiche à compléter avec vos interlocuteurs.

Une fiche texte, facile à conserver et à partager.

01

Observer l’emplacement avant de creuser

Repérez les zones humides, les pentes et l’ensoleillement à différents moments. Regardez aussi ce qui pousse déjà : une zone humide peut avoir un intérêt écologique à préserver. Dans un jardin, matérialisez le contour envisagé avec une corde ou un tuyau posé au sol. Cela permet de vérifier la place disponible et les passages autour. Gardez à proximité une végétation refuge pour les animaux qui partagent leur vie entre l’eau et la terre.

02

Comprendre l’eau et choisir l’étanchéité

Identifiez les apports possibles et l’endroit où l’eau ira lorsqu’elle débordera. Regardez ce qui se trouve en amont : un ruissellement chargé de terre peut rapidement apporter des sédiments dans la mare. Le choix de l’étanchéité dépend ensuite du sol. Un terrain suffisamment argileux peut retenir l’eau sans membrane ; ailleurs, une bâche adaptée, par exemple en EPDM, peut être nécessaire. Faites examiner le sol avant de retenir une méthode et prévoyez la protection de la membrane contre les perforations si vous en utilisez une.

03

Dessiner les berges et les accès

Prévoyez des faibles profondeurs et des pentes franchissables, en plus des zones plus profondes adaptées au projet. Réservez un endroit pour observer la mare sans piétiner toute sa végétation. Pensez aussi au débordement avant les travaux : sa destination doit être compatible avec le terrain et les parcelles voisines. Le fonctionnement de nos trois mares correspond à notre aménagement ; un raccordement à un ruisseau demande une étude et des vérifications propres au lieu.

04

Préparer le chantier et les démarches

Avant le terrassement, présentez à votre commune l’emplacement, les dimensions, les modifications de relief et le devenir des terres. Elle pourra préciser les démarches nécessaires. Si les travaux touchent un cours d’eau, contactez également son gestionnaire ; pour un cours d’eau non classé, prenez contact avec la Province. Faites préciser dans le devis l’accès des engins, le creusement, l’éventuelle étanchéité et la gestion des déblais. Vérifiez les conditions d’une aide avant d’engager les dépenses.

05

Laisser venir les animaux

Pour une mare destinée aux amphibiens, évitez les introductions de poissons, qui peuvent consommer leurs œufs et leurs larves. Ne prélevez pas de grenouilles, de tritons, de pontes ou de têtards ailleurs pour la peupler. Laissez la colonisation se faire naturellement. Pour les plantes, suivez les conditions de votre projet : certaines mares de jardin peuvent être plantées avec des espèces indigènes adaptées, tandis que notre convention exclut ces introductions.

06

Entretenir par petites interventions

Observez l’évolution de la végétation et des dépôts avant de décider d’un entretien. Quand un retrait de végétation est nécessaire, conservez des zones refuges et alternez les secteurs traités. Natagora propose septembre pour cette intervention, à adapter aux espèces présentes et aux engagements du projet. Si un curage devient nécessaire, préparez-le avec un conseiller et évitez de traiter tout le fond la même année. Gardez des photos prises depuis les mêmes endroits pour suivre les changements.

Pour poursuivre.

Les autres photos du terrain
Les films du projet

YouTube

Pourquoi nous avons créé trois mares

Louis raconte le choix de plusieurs mares et la place qu’elles prennent dans le projet du lieu.

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Des pontes dans l’eau peu profonde, le 22 février 2026

4 secondes · sans son.

La pelleteuse au travail le 23 juillet 2025

5 secondes · sans son.

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Sous la surface de la mare

Une caméra immergée par Louis offre un autre point de vue sur la vie de la mare.

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Les têtards ont disparu : première enquête

Une observation qui conduit Louis à regarder autrement la mare. À découvrir avec la vidéo suivante.

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Les têtards : la suite de l’enquête

La suite du récit partagé par Louis, pour garder ensemble la question de départ et ce qui a été découvert.

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Retour aux mares avec Guy

1 min 15 · Une promenade commentée pour prendre le temps de regarder une mare et ses abords. Un complément aux archives du chantier.

Voir sur Facebook ↗Le lien ouvre la vidéo sur Facebook ; une connexion peut être demandée.
Les sources du récit et les partenaires

Les choix d’implantation ont été préparés avec Natagora dans le cadre du Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Terra Joma a réalisé le terrassement. Philippe Ryelandt a établi le compte rendu naturaliste du 31 mai 2026.

Le financement des trois mares

Les deux premières mares sont couvertes par une convention avec Natagora, dans le cadre du Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Pour ces aménagements, la convention de 2025 prévoit la répartition suivante :

Financement des deux maresMontant prévu
Coût total inscrit dans la convention3 810,05 €
Part du Parc national — 80 %3 048,04 €
Notre participation — 20 %762,01 €

La troisième mare a été aménagée à notre charge, avec un financement distinct et le soutien de la collecte Ulule.

En 2025, cette campagne a réuni 6 195 € grâce à 77 contributions. Elle soutenait plusieurs projets de La roulotte ruche, dont les mares, le ruisseau, les prairies fleuries et l’accueil pédagogique. Ce montant correspond donc à l’ensemble de la collecte.

Prendre soin des mares dans la durée

La convention nous engage à conserver et à entretenir les deux mares accompagnées pendant au moins trente ans. Elle protège aussi leurs abords, avec des règles précises :

Autour des deux mares conventionnéesEngagement
Une bande d’au moins 1 mConserver une végétation non fauchée.
À moins de 6 m des bergesNe pas travailler le sol ni réaliser de plantations.
À moins de 12 m des bergesAucun fertilisant, produit phytosanitaire, dépôt de déchets ou de fumier.
En cas de pâturageMaintenir au moins 2 m inaccessibles au bétail ; un éventuel accès à l’eau est limité à un quart du périmètre.

Nous nous engageons également à ne pas introduire d’animaux ou de végétaux dans les mares, à ne pas les remblayer ni en modifier le relief, et à ne pas y prélever d’eau pour l’arrosage ou l’irrigation.

Si la végétation ou les dépôts finissent par trop refermer une mare, l’entretien se prépare avec Natagora. Avant d’intervenir, nous devons prendre contact pour vérifier ce qui est nécessaire et choisir la manière de procéder. La convention tient aussi compte des variations naturelles du niveau d’eau, qui peuvent aller jusqu’à un assèchement.

Ces engagements concernent les deux mares conventionnées. Pour un autre projet, les conditions d’une aide, d’un permis ou d’une convention doivent être examinées séparément.

Les dimensions du projet

Les plans du permis prévoyaient deux mares de 288 et 180 m², avec des fosses atteignant au maximum 1,80 m. La convention finale retient 288 et 179 m² : ce sont les dimensions du projet autorisé et conventionné.

Après les travaux, nous estimions les surfaces à environ 200 m² pour la petite mare, 300 m² pour la moyenne et 500 m² pour la grande. Ces estimations ne sont pas un relevé de géomètre.

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